Présence MMO et sismique, pourquoi est-ce important?

Updated: Oct 23, 2019

L’univers des cétacés est avant tout sonore, car la vue porte à quelques dizaines de mètres, sous l’eau, alors que les sons portent à des dizaines de kilomètres. Pour cette raison, les cétacés sont des créatures acoustiques: ils ont développé des facultés que l’on ne retrouve guère chez d’autres animaux et peuvent percevoir des sons impossibles à percevoir à l'oreille humaine.


Lorsque leurs oreilles ou systèmes d'écholocation est endommagé, ils ne sont plus en mesure de chasser et de s'alimenter et ils meurent à petit feu ou se nourrissent de plastiques.


Le travail des Observateurs des Mammifères Marins (MMOs) et des PAMs (moniteurs acoustiques passifs) est de surveiller la zone avant le commencement des travaux et de stopper les travaux sonores si un animal est détecté dans une zone prédéfinie appelé zone d'exclusion (zone proche de la source sonore) (ex: canons à air employé dans la sismique).

En général les observateurs commencent à observer la zone de 30 minutes à une heure suivant le terrain. Si aucun animal n'est détecté, les canons à air vont effectuer ce qu'on appelle un ramp up (montée progressive du son jusqu'à atteindre une pleine puissance). Cela va permettre aux animaux dans le périmètre de s'éloigner progressivement. Si au contraire des animaux sont détectés, l'acquisition de donnée est repoussée jusqu'à ce que les animaux soient sortis de la zone.




Voici une vidéo explicative de l'environnement sonore toujours plus pollué des océans et des conséquences possible d'une activité sismique non contrôlée (2min46) vidéo d'Oceancare



ainsi que des explications plus précises provenant du GREC (groupe de recherche sur les cétacés) sur les traumatismes liés au sons que peuvent expérimenter les cétacés:


Mis en présence de sons intenses, les cétacés peuvent subir différentes conséquences qui dépendent de la fréquence des ondes, de l’intensité propagée, et de la durée d’exposition. Le contexte de l’exposition est un paramètre souvent négligé mais qui peut aussi avoir son importance.

Les conséquences des ondes sonores sur les cétacés sont évaluées sur une échelle de gravité comportant 5 plages, allant de la simple perception (sans dérangement) jusqu’à la mort. Ces conséquences sont étudiés au travers d’expériences menées en bassin ou en milieu naturel, ou lors d’événements observés in situ sur différentes familles de cétacés.


Zones d’impact des ondes sonores, avec une gravité croissante plus près de la source. Le croquis n’est pas à l’échelle !

Si les niveaux sonores reçus sont extrêmement intenses (zone Z1 ci-dessous), les cétacés peuvent être tués, par une lésion traumatique aigüe, ou subir une lésion permanente à leur appareil auditif.

Si les niveaux perçus sont très intenses (zone Z2 ci-dessous), les cétacés subissent une lésion temporaire à leur appareil auditif, qui mettra des heures ou des jours à se résorber.

Si les niveaux perçus sont intenses (zone Z3 ci-dessous), les cétacés sont obliger de fuir, parfois avec panique, pour échapper à la pollution sonore.

Si les niveaux perçus sont assez intenses (zone Z4 ci-dessous), les cétacés sont dérangés et interrompent leur activité du moment (la prédation, ou le repos, par exemple).

Pour des niveaux perçus modérés (zone Z5 ci-dessous), les cétacés perçoivent le bruit mais continuent leurs activités.


Les effets des ondes sonores dérivent des niveaux sonores reçus, eux-mêmes dépendant directement du niveau de source et des pertes par propagation entre la source et le cétacé, ou bien des niveaux perçus, c’est-à-dire des sons effectivement entendus par les cétacés, niveaux égaux à l’écart entre les niveaux reçus et le seuil d’audition des cétacés.


Le seuil d’audition des cétacés est extrêmement variable selon la fréquence, et chaque espèce possède sa courbe de sensibilité, l’audiogramme. Au mieux, la sensibilité auditive d’un cétacé est égale à environ 40 dB (re 1 microPa), mais pour des fréquences plus basses ou plus fortes la sensibilité auditive est beaucoup moins bonne (100 dB ou plus).

Les effets auditifs, comme la surdité temporaire (TTS) ou définitive (PTS), dépendent également des niveaux perçus, ainsi que de la durée d’exposition. Par conséquent, la prévision des effets des ondes sonores nécessite la connaissance des audiogrammes des espèces, ce qui est loin d’être acquis. Si le cétacé est victime d’une surdité prolongée ou permanente, son pronostic vital est engagé à court ou long terme, car la perception des sons de l’environnement est indispensable à la vie de ces espèces au sein du milieu marin.


Plusieurs organes vulnérables se trouvent dans la tête (ici un ziphius)

Les effets physiologiques des ondes sonores intenses touchent différents organes, par l’intermédiaire de plusieurs mécanismes pas tous bien connus. Ces effets physiologiques non auditifs dépendent des niveaux sonores reçus. Les ondes sonores de plus de 200 dB reçu peuvent entraîner la résonance d’organes, comme les mandibules ou les oreilles moyennes, ou bien la résonance de cavités aériennes telles que les poumons ou des sinus. Des résonances de forte amplitude causent des lésions d’une gravité variable.


Bulles de gaz observées dans une veine cardiaque lors de l’échouage d’Almeria en 2006

Lorsque les tissus des cétacés sont sursaturés en azote à la suite de plongées profondes et prolongées, les ondes sonores intenses de plus de 180 dB reçu ont tendance à provoquer une diffusion gazeuse de l’azote dans le sang: les microbulles de gaz augmentent en diamètre. Ce mécanisme conduit à des embolies gazeuses et graisseuses aux conséquences léthales. Lors d’échouages accidentels de ziphiidés, ce mécanisme a été plusieurs fois mis en évidence par des pathologistes.


Les ondes sonores ont des effets comportementaux (dérangement, interruption d’activité, fuite, panique) qui dépendent des niveaux perçus. Selon le contexte, des niveaux perçus qui n’ont pas une intensité extrêmement forte peuvent avoir des conséquences fatales. Par exemple, on a observé que des groupes de dauphins pouvaient s’éloigner des sonars puissants, mais se retrouver dans une baie refermée, soumis à un risque d’échouage. Ou bien, des dauphins isolés de leur groupe (nourrissons) et incapables de fuir dans une bonne direction peuvent alors être soumis à des niveaux extrêmement forts qui entraînent leur mort.


Lors d’exercices ASM mettant en oeuvre des sonars à basse ou moyenne fréquence de forte puissance, les cétacés sont exposés à l’ensemble des conséquences exposées ci-dessus. Si la planification ou l’exécution des émissions sonores ne tiennent pas compte de la présence et de la biologie des cétacés, des conséquences sévères sont à prévoir. Il y a de multiples cas d’accidents graves causés par les manoeuvres navales.


Lors de prospections sismiques pétrolières, les cétacés sont soumis pendant des jours ou des semaines à des fortes intensités à basse et très basse fréquence. Ils développent des réactions d’évasion et peuvent dans certains cas subir des lésions irréversibles.


C'est pourquoi il est important de conduire des études d'impacts, avant, pendant et après les recherches.


Source:

GREC

OceanCare


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Virginie Wyss

Biologist and Marine Mammal Observer

Based in Bern

 

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